Présentation du projet

De la neige en été,
Ils sont une dizaine, ils ont entre 14 et 17 ans, ils habitent Montreuil, tout en haut, dans le quartier de la Boissière. Là haut, il n’y a plus de métros, il y a bien un bus mais qui s’arrête à 21h, et comme il y a de plus en plus de lorleurs (contrôleurs), ce n’est plus une option.
Ils ne sont pourtant qu’à 20 minutes de Paris, mais certains n’y sont jamais allés « Pourquoi faire ? ». Ici non plus, il n’y a pas grand-chose à faire mais on se connaît « C’est chez nous ici ». Et puis dans ce quartier, délimité par la cité des Castors, la cité « New-Jack » et celle des Ramenas (attention, on ne prononce pas le « s » de Ramenas, sinon on voit que t’es pas vraiment d’ici), par l’immense château d’eau de la ville, et le collège, il se passe toujours des histoires.
Les grandes vacances commencent, et Pierre, Michael et Ziad sont résignés à s’ennuyer ferme. Comme tous les étés, le temps promet d’être long et chaud sur le banc au pied des tours. Mais cette fois, quelque chose dans l’air annonce de l’inédit…
Une ancienne du quartier, Ornella, devenue militante écologiste, revient de Bretagne et secoue toute la bande. Elle a une pétition à faire signer contre le réchauffement climatique. Difficile de se sentir concerné pour l’instant : « Question pollution, on n’a pas de voiture et on prend pas l’avion. Pour ce qui est de manger bio, on a même pas de quoi s’acheter un kebab, alors… Bref, c’est pas nous les pollueurs. Et comme on ne va pas au bord de la mer, qu’elle monte ou pas, ça ne nous touche pas vraiment. On a déjà suffisamment de problèmes au quotidien pour ne pas s’en ajouter de nouveaux, sur lesquels on ne peut rien en plus. »
« Après, faut bien reconnaître qu’il fait vraiment froid, et que ça fait bizarre de ressortir les doudounes en plein mois de juillet. Sans parler de la neige qu’on annonce pour la fin de semaine, des chiens qui aboient toute la journée, des réfugiés climatiques qui commencent à affluer du Danemark, et de tous les copains qui reviennent de vacances écourtées avec des récits incroyables : « La mer ? Bah elle est plus là !… » »
Les dérèglements climatiques sont en train de changer le monde, et le quartier de la Boissière est en première ligne…
C’est alors que débarque de nulle part un mystérieux basketteur doué d’étranges pouvoirs magiques et de la ferme intention d’éveiller les consciences de la bande d’amis.
Pierre et Michael se retrouvent alors bloqués dans une journée qui se répète indéfiniment jusqu’à ce qu’ils comprennent enfin que le basketteur veut les investir d’une mission: « Le climat il faut s’en occuper maintenant ! ».
Ce n’est que la première épreuve qui les attend…

Le climat, des adolescents, un quartier
« C’est chaud ! » est le troisième projet de réalisation que nous menons avec les adolescents de La Boissière. Majoritairement issus de l’immigration africaine, ils habitent dans les HLM ou grandes copropriétés dégradées de ce quartier enclavé, classé en zone prioritaire de la politique de la ville. La série s’ancre fortement dans la réalité du quartier pour proposer une fiction un peu folle qui aborde un thème inattendu à La Boissière : le climat.
On ne parle jamais des quartiers au sujet de l’environnement et encore moins du réchauffement climatique. Et pourtant les départements les plus touchés par la canicule de 2003 ont été ceux d’Ile-de-France et plus particulièrement la Seine St-Denis, pas forcément les plus au Sud mais… pauvres, donc plus vulnérables. On sait bien que les quartiers populaires de Louisiane ont connu de durs lendemains après l’ouragan Katrina. Les bouleversements climatiques révèlent les inégalités, en France comme dans le monde, et les accentuent.
Malgré cela les jeunes le disent eux-mêmes : « Nous, le climat, ça ne nous concerne pas ». En effet, comment se sentir menacé par le niveau de la mer qui monte quand on n’y va jamais ? Et comment préserver l’avenir de la planète quand penser le sien est déjà un combat incertain ? Leur indifférence initiale est une promesse d’évolution. Elle correspond aussi à ce que beaucoup pensent, ou pensaient jusqu’à il y a peu, du réchauffement climatique. Or il est urgent de prendre conscience du problème et d’agir. Mais dans quelle direction ?
La lutte pour sauver notre planète sous-tend une révolution de notre façon d’appréhender la vie en société. Elle sera insuffisante si elle se limite à ne règlementer que la pollution. D’un point de vue très pragmatique, un réel changement n’interviendra qu’en remettant l’autre au cœur des préoccupations de chacun. Il s’agit d’instaurer plus de solidarité et de développer les liens sociaux. Pour cela, observer la vie d’une cité n’est pas dénué d’intérêt, à plus forte raison que les habitants de La Boissière savent profondément ce que représente la diversité. Elle y est la norme. La question de « vivre ensemble » s‘y pose quotidiennement.
La série s’inscrit quasi intégralement dans le cadre d’une cité, en bas des tours, devant les halls d’immeuble, sur le terrain de basket… Le quartier nous devient familier et sa richesse se dévoile. Les points de vues s’élargissent, les jeunes développent un positionnement critique qui leur est propre, voire envisagent des solutions ; leur parole se construit…
La question climatique se retrouve sur le devant de la scène médiatique avec la perspective de la COP 21, début décembre 2015. Cela représente pour nous l’opportunité unique d’apporter au plus grand nombre la parole des adolescents de « C’est chaud ! », à un endroit où personne ne les attend, pas même eux-mêmes.

Une série « plus grande que la vie »
« C’est chaud ! » propose d’introduire une fiction d’anticipation déjantée là où on attendrait le sacro-saint réalisme. Pour une fois, les prétendus codes de la cité sont mis de côté. Pas de drogue, de caïds ou de lascars ici, pas de caméra virevoltante ni de grisaille.
Nous abordons l’écriture en collaboration avec les adolescents en nourrissant le scénario de leurs expériences, de leurs idées, de nos discussions. Ils incarnent les personnages principaux à partir de ce qu’ils sont. Ils prennent également en charge l’image et le son (avec notre complicité). La démarche les incite à se documenter, ils apprennent des choses sur le climat en faisant le film et finalement évoluent en même temps que leurs personnages.
Pour prémunir la série de tout didactisme nous prenons de vitesse le sujet en propulsant les personnages dans une comédie qui, partant du réel de La Boissière, raconte une histoire bigger than life. Après tout, le film fantastique a bien le droit de Cité. Et le climat nous rapproche dangereusement de notre futur…
La pédagogie de « C’est chaud ! » se doit d’être buissonnière. Elle est à l’image des jeunes qui la font : drôle, vivante, et un brin provocatrice.
Mais qu’adviendra-t-il lorsque la fête sera finie, le jour d’après la COP 21 ? Après la fiction, comment se passera le retour des personnages à La Boissière ?
C’est chaud !

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